ABONDANCE DE PÂQUES NE NUIT PAS

PĂąques 2019 - Les Mondes de Carole-Anne

J’ai vĂ©cu dimanche une journĂ©e parfaite.

D’abord un dĂ©jeuner, dans un restaurant chinois du 16e, avec mon homme, son fils, et mes parents. Lorsqu’ils sont arrivĂ©s, mes jolis petits parents, ma mĂšre pimpante comme un soleil, mon pĂšre tirĂ© Ă  quatre Ă©pingles, une Ă©motion intense s’est emparĂ©e de moi. Plus les annĂ©es grisonnent leurs tempes, plus grandit en moi le dĂ©sir Ă  la fois de les rendre fiers mais aussi de les protĂ©ger. Nous formons une famille solide, solidaire, unie. Je vis dans cette tradition orientale, mĂ©diterranĂ©enne, qui rend les liens Ă©troits entre les membres du clan. Qui s’attaque Ă  mes parents, s’attaque Ă  moi. Qui gratifie mes parents, reçoit ma gratification. C’est mon cĂŽtĂ© Vito Corleone 🙂 .

AprĂšs ce dĂ©jeuner, s’organisait, au domicile familial, une fĂȘte cĂ©lĂ©brant PĂąques et Pessah en mĂȘme temps. Parce que ma mĂšre est catholique et mon pĂšre juif. Et que nous voulons pouvoir savourer le chocolat et le pain azyme.

Ma tante, mon oncle et mes cousins nous ont alors rejoints.

Ma mĂšre avait organisĂ© une table magnifique, ornĂ©e d’argenterie, une table Ă  nombreux convives. Je la regardais officier avec un zeste d’envie. Je sais moins bien recevoir qu’elle. J’en ai moins le goĂ»t. Chez moi, les invitĂ©s sont abonnĂ©s Ă  la raclette facile ou au buffet froid-assiettes en carton. Je suis une hĂŽtesse Ă  la mode bohĂšme alors que ma mĂšre, et ma merveilleuse grand-mĂšre avant elle, sont des reines de la rĂ©ception hors-pair.

À table, nous avons fait bonne chĂšre. De cette abondance culinaire qui rĂ©gale le corps, mais le rĂ©gale jusqu’Ă  l’Ăąme, en transfusant dans les veines une totale bĂ©atitude. En moi, dans mon ventre, il y a avait tous ces plats succulents, tous prĂ©parĂ©s avec amour par celles et ceux les ayant concoctĂ©s, et autour de moi, il y avait la chaleur, la joie, les rires, les conversations qui s’emmĂȘlent, les gosses qui courent aprĂšs le chien, la maison emplie de bruissements, d’Ă©clats de voix, d’ĂȘtres qui vont et viennent, les bras chargĂ©s de plats tantĂŽt dĂ©bordants tantĂŽt vides, selon qu’ils sont emmenĂ©s de la cuisine Ă  la salle Ă  manger ou de la salle Ă  manger Ă  la cuisine.

J’ai pris un instant pour observer tout ce doux spectacle. Ne pas forcĂ©ment y participer. Juste regarder, m’imprĂ©gner de l’ambiance. Je me souviens que, lorsque j’Ă©tais petite et que mes parents recevaient, de ma chambre, j’aimais entendre les clameurs joyeuses arrivant du salon. Je m’endormais alors dans un sentiment de parfaite sĂ©curitĂ©. La sensation qui m’a envahie dimanche Ă©tait similaire, teintĂ©e de quiĂ©tude, d’appartenance, de fĂ©licitĂ©.

J’ai regardĂ© mes parents, mes oncle et tante, la gĂ©nĂ©ration du dessus, celle dont j’arrive. Puis j’ai regardĂ© mon homme, et mes cousins, ma gĂ©nĂ©ration, nous tous, dĂ©jĂ  bien adultes, qui plaçons nos pas dans les pas de ceux qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s. Puis, enfin, j’ai regardĂ© mon beau-fils et mes petites niĂšces. Ils sont mes suivants, mes futurs, ma descendance pour ainsi dire, puisque je n’ai pas eu d’enfants. C’est Ă  eux que je veux transmettre tout ce que je peux avoir Ă  transmettre…

Spectatrice de cette bulle de bonheur, j’aurais voulu ĂȘtre cinĂ©aste pour la graver, au travers d’un film-fleuve, sur pellicule. De ces films Ă©mouvants oĂč des gĂ©nĂ©rations se succĂšdent, plan aprĂšs plan, dans une grande maison familiale recouverte de lierre et de vigne vierge. Mais j’ai alors songĂ© que si je ne suis pas cinĂ©aste, je suis auteur. Et que, pour garder trace de mes Ă©motions, je peux Ă©crire.

J’Ă©cris donc. Pour remercier ma famille et le ciel de toute l’abondance reçue en ce week-end pascal. Et pour que ma plume exprime ce que parfois ma bouche ne sait pas dire.

 

Je t’embrasse.

 

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