
Je te racontais rĂ©cemment l’amour malheureux que j’ai vĂ©cu Ă mon adolescence. J’Ă©tais en seconde, j’aimais Xavier qui ne m’aimait pas. Cette douloureuse pĂ©ripĂ©tie eut au moins le mĂ©rite de m’amener Ă l’Ă©criture poĂ©tique.
Un jour que j’Ă©tais Ă la cantine du lycĂ©e, je vis paraĂźtre devant mes yeux un jeune homme dont la beautĂ© me foudroya sur place. Recherches faites, j’appris qu’il Ă©tait Ă©galement en seconde – mais pas dans ma classe, tu l’auras compris – et qu’il s’appelait Bertrand W. Ce « coup foudrĂ© » tombait fort bien dans ma vie. Je dĂ©cidai de faire de ce Bertrand mon « dĂ©rivatif » pour oublier Xavier. Cela marcha plutĂŽt bien. Je finis par penser davantage Ă Bertrand qu’Ă Xavier.
Cependant j’avais 16 ans, j’Ă©tais timide, complexĂ©e par mes kilos en trop. Jamais je n’ai osĂ© aller aborder ce garçon beau comme un dieu – ou comme un pharaon ! Dommage…
Toujours est-il que c’est en pensant Ă lui que j’Ă©crivis les deux textes que voici…
PHARAON
à ses pieds de monarque, je me tiens renversée
Ses yeux noircis dâĂ©bĂšne sont pour moi deux clartĂ©s
Beaux yeux de pharaon, pareils Ă ceux dâun chat
Soumettant ma raison, ordonnant Ă mes doigts
Deux phares dâAlexandrie qui gouvernent les mers
Et mâattirent vers lui, aux portes des Enfers
Depuis sa gorge nue voilĂ les mots quâil sĂšme
Au creux de mon oreille : « Viens, moi non plus je tâaime »
Tout sâĂ©gare en mon Ăąme dĂ©jĂ dĂ©possĂ©dĂ©e
Chavirent sans remords mes yeux écarquillés
Câest mon corps chancelant qui cĂšde Ă la folie
« Va-t-en loin » et je pars, « Souviens-toi » et jâoublie
Alors dans une mer de miel empoisonné
Accrochée aux étoiles filantes déchirées
Mes cheveux tissĂ©s dâor sont mon unique armure
Et je prie sans espoir pour que tout cela dure
Puisque mĂȘme au fin fond des derniers lieux du monde
Câest lui que je verrai prĂȘt Ă dĂ©fier les ombres
Buste dâor et de bronze, poing de fer, Ćil avide
PĂ©trifiant dâidĂ©al les mĂąchoires du vide
Je lâaime et le maudis mais me damnerais bien
Pourvu, VĂ©nus, quâil daigne mâaccueillir sur son seinâŠ
VERSEAU
Lâhomme que jâaime
Est le joyau
Dâune constellation
Dont artiste verseau
Il a fait sa nation
Câest arrivĂ© un soir :
Pour lui plaire une étoile
Des nues dégringolant
Lui offrit un pétale
De rose, il va de soi
Un prisme de rubis
LâĂ©toile repartit
Mais le rubis resta
Et orne désormais
La main gantée de soie
De celui qui devint
Du firmament le roiâŠ
Je t’embrasse.
