NON AU JEUNISME, BORDEL ! (Et à tout ce qui nous prend la tête au sujet de notre apparence !)

Non au jeunisme - Les Mondes de Carole-Anne

Imagine-toi qu’en ce moment, je suis comme qui dirait en vacances. J’ai fini les grands travaux d’écriture qui ont occupé tout mon temps depuis environ une année. D’autres prendront la relève sous peu mais d’ici là, je m’offre le luxe d’un peu de farniente. Et j’en profite pour regarder, le matin, pendant que je fais ma gym, les redifs de Desperate Housewives sur M6. Cette chaîne, comme nombre d’autres désormais, tronçonne ses programmes pour insérer de longues plages de pubs. Lesquelles ont pour cible, à l’instar de la série américaine qu’elles saucissonnent, les dames de 30 à 45 ans. Et je suis fascinée (quand je dis fascinée, entends plutôt horrifiée) de constater à quel point tous ces spots publicitaires nous foutent une pression d’enfer, à nous les femmes. À plein de niveaux, en plus.

D’abord, il y a le poids. Évidemment. Incontournable. Le grand sujet. Entre le régime trucmuche, la crème machin-chose et la pilule perlimpinpin, on ne sait plus où donner de la cellulite. Et pour peu qu’on ait quelques complexes pondéraux, on sort de ces tunnels de pubs, qui nous matraquent des mannequins anorexiques en veux-tu en voilà, complètement lessivées et démoralisées par les petits kilos superflus rembourrant nos hanches.

Ensuite, il y a la mode. Si tu es une femme, tu te dois d’être aussi une fashionista. D’ailleurs, c’est bien l’image véhiculée par tous ces spots. La femme lambda est forcément obsédée par les fringues, les godasses, les sacs à main ; elle vit pour ça, elle affiche sa valeur comme ça. Plus elle est à la mode, plus elle est cool, exemplaire, fréquentable. À tel point que, si par hasard ou par malheur tu ne te sens pas l’âme d’une fashion victim, tu finis par te dire que tu es vraiment une anomalie de la nature.

Et puis enfin, il y a le marché de la beauté et des cosmétiques. Ne nous attardons pas sur les accessoires dits intimes, comme par exemple les tampons (ces joyeuses petites saloperies dont on est en train de découvrir qu’elles ne sont pas bien bonnes pour notre équilibre interne) ou les soutiens-gorge (ces autres sympathiques engins qu’on nous a assuré être indispensables au bon maintien de notre poitrine et qui, selon de récentes études, peuvent favoriser le cancer du sein). Non, mentionnons directement le grand fantasme du monde des produits de beauté : la lutte anti-âge. À en croire la pub, il est absolument indécent de s’autoriser à vieillir. Passé le cap fatidique des 30 ans, il ne doit plus y avoir qu’une seule préoccupation dans nos cervelles féminines : l’éradication de toute trace de maturité morphologique. Vive le jeunisme ! À mort « l’âgisme » !

Ce sont là, tous mélangés, les messages dont nous bombardent les médias. Teins-moi ce cheveu blanc que je ne saurais voir. Comble-moi cette ride que je ne saurais regarder. Combats tous les processus naturels de ton corps. Éradique ta graisse. Repousse l’âge qui s’en vient. Contrôle ton corps. Comme si une telle hérésie était possible, bordel ! Non mesdames, mes amies, mes sœurs ; nous ne contrôlons point notre organisme. Même en nous ruinant en produits cosmétiques, nous ne pouvons pas nous empêcher d’être des femmes (et donc d’avoir de la graisse, élément constitutif de l’anatomie féminine, n’en déplaise à tous les Lagerfeld et autres chantres de la maigreur) ; de même que nous ne pouvons pas non plus empêcher le temps de s’écouler et de marquer notre apparence. Et cela ne devrait pas nous traumatiser. Or, cela nous traumatise. Pourquoi ? Parce que les médias et la pub ont induit l’idée que cela devait nous traumatiser. Là où nous devrions être sereines et détachées, philosophes devant le fait que notre corps a ses propres lois et que nous devons les respecter, nous sommes à l’inverse devenues fragiles et anxieuses, hantées par notre aspect extérieur, acharnées à maîtriser la moindre cellule de notre constitution.

Ainsi se lance la ronde infernale. On nous instaure de profondes angoisses, lesquelles créent en nous des besoins artificiels nous poussant à consommer. Et ce que nous consommons, ce sont d’onéreux produits dont, cerise sur le gâteau empoisonné, on nous révèle souvent après-coup l’aspect néfaste voire la toxicité. Elle est pas belle, la vie ?

Alors moi, je lutte à ma mesure. Non pas contre mes kilos, contre mes cheveux blancs ou contre mes rides. Non, je lutte contre tout ce qui veut m’amener à lutter contre mon corps. J’ai décidé de dire merde aux régimes, et je m’astreins (et crois bien que c’est effectivement un effort) à ne plus jamais m’astreindre à une quelconque diète. J’écoute au contraire les besoins, les appétits, les gourmandises de mon corps. Je n’utilise pas de tampons. Je ne porte plus de soutif depuis plusieurs années. Je me contrefiche de la mode. Je me maquille pour quelques événements pros ou pour mes vidéos, mais le moins possible dans ma vie quotidienne. Je ne teins plus mes cheveux depuis 2014. Pour ma petite bouille, j’utilise une crème réparatrice, prescrite par ma dermato. Et c’est tout. Pas de lotion ni de masque, pas de crème de jour, de crème de nuit, de crème hydratante, de crème purifiante ou de crème lissante. Et surtout jamais de crème anti-rides. Au grand jamais.

Parce que vois-tu, mes cheveux blancs et mes rides, ben moi j’y tiens. Je n’ai pas envie de faire dix ans de moins que mon âge. Une femme qui « fait » son âge, je trouve ça bien plus noble qu’une femme liftée, botoxée, qui offre un visage soit-disant rajeuni, mais surtout altéré, contrefait, défiguré (c’est le cas de le dire). Les rides qui me seront venues d’avoir ri, pleuré, souri, je veux les garder. Les cheveux de neige qui seront récemment apparus lors du décès de Frankie ou lors de toutes les autres épreuves qui ont jalonné ma vie, je ne veux pas les effacer. Tous ces signes visibles du temps qui passe racontent mon parcours. Ils me racontent. Et même mes capitons – ces foutues rondeurs contre lesquelles j’ai été si longtemps en guerre -, même eux, j’ai désormais envie de les assumer, de les accueillir, de ne plus jamais chercher à les faire disparaître. Ils font partie de moi, de ce que je suis.

Forever young and beautiful ? Indeed ! Mais dans le cœur, très cher(/ère) ! Surtout et avant tout dans le cœur ! Que mon corps, lui, vive sa vie à son rythme et en arborant sans complexes l’âge qui est naturellement le sien. C’est vraiment dans cet état d’esprit que je veux avancer dorénavant. Quitte à éteindre ma télé et à m’acheter l’intégrale de Desperate Housewives en DVD pour ne plus avoir à me taper de pubs aberrantes durant les épisodes 🙂 !

Je t’embrasse.

 

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2 réflexions sur “NON AU JEUNISME, BORDEL ! (Et à tout ce qui nous prend la tête au sujet de notre apparence !)

  1. Tout a fait d’accord avec toi, c’est ce que je pratique depuis de nombreuses années…… Maquillage occasionnel quand j’étais jeunes, sinon une crème hydratante chaque matin, et tout se passe bien, je n’ai jamais fait de régime de ma vie, j’ai toujours contrôle ma nourriture…… Je pouvais me permettre quelques excès, je ne me suis pratiquement jamais pesée sauf chez le médecin…Mes fringues faciles à mettre ou pas étaient mon seul contrôle et ça a marché… Du Yoga depuis 20 ans, cela m’a permis d’être zen et de bien vivre ma retraite et mon âge qui défile…… Bonne journée

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