MARCHER (OU PAS) SUR LA LUNE…

yjugtl

Cette semaine, j’ai entendu dire que le photographe allemand Michael Najjar va ĂȘtre envoyĂ© dans l’espace. Il sera le premier artiste Ă  vivre pareille aventure. Dans une interview qui lui Ă©tait consacrĂ©e, Najjar se rĂ©jouissait de sa future expĂ©rience d’astronaute, et espĂ©rait que viendrait bientĂŽt le temps oĂč nous, l’humanitĂ©, serions en mesure d’aller coloniser Mars. Le gars Ă©tait ravi et trouvait cette perspective merveilleuse. L’est-elle vraiment ?

Cette semaine aussi, j’ai assistĂ© Ă  un dĂźner durant lequel deux amis dĂ©battaient : l’un soutenait que l’homme a bien marchĂ© sur la lune en 1969, l’autre Ă©tait convaincu que les petits pas humains sur le sol lunaire ne sont qu’une vaste fumisterie (la thĂ©orie est en effet en vogue depuis quelque temps et fait nombre d’adeptes). À un moment, mes deux amis se sont tournĂ©s vers moi et m’ont demandĂ© : « Et toi, t’en penses quoi ? ».

Par habitude, parce que j’ai grandi avec des images d’hommes gambadant sur la lune, je serais plutĂŽt encline Ă  penser qu’Armstrong et son Ă©quipe ont bel et bien arpentĂ© l’astre nocturne. Et quand j’étais petite, je trouvais que cette idĂ©e Ă©tait porteuse d’espoir et de magie.

Mais maintenant que je suis grande, j’ai un autre avis sur la question.

Il m’apparaĂźt que l’homme forme un mauvais explorateur, un mauvais dĂ©couvreur, et un cruel conquĂ©rant. Il veut connaĂźtre tous les mondes existant mais il a dĂ©montrĂ© qu’il ne sait pas le faire respectueusement ni pacifiquement. Pour lui, dĂ©couverte signifie annexion, indigĂšne signifie infĂ©rieur, et homme « civilisĂ© » signifie dieu. Notre histoire regorge tristement d’exemples oĂč la conquĂȘte de nouveaux territoires s’est faite au dĂ©triment de toute la vie/culture/nature qui pouvaient prĂ©exister sur ces territoires.

Quand on regarde un film comme Independance Day, on se dit qu’ils sont bien odieux ces aliens belliqueux de venir nous dĂ©gommer la tronche et d’envahir notre terre. Mais sĂ©rieusement, est-ce que ce n’est pas exactement ce que nous ferons aux aliens de Mars si nous en trouvons au moment du grand dĂ©barquement ? Est-ce que ce n’est pas exactement ce que nous avons fait aux Indiens d’AmĂ©rique ? Ou aux tribus d’Afrique ? Ou Ă  n’importe quelle terre dont nous avons soudain dĂ©cidĂ© qu’elle nous revenait de droit juste parce qu’on avait eu l’idĂ©e d’y poser le pied ?

Pour cette raison, vois-tu, je serais ravie d’apprendre que l’homme, en vĂ©ritĂ©, n’est jamais allĂ© crapahuter sur la lune. Je serais soulagĂ©e de constater qu’il ne peut pas aller faire de petit tour sur Mars pour y foutre le bordel et y exporter sa barbarie.

Avant de chercher Ă  annexer le reste de la galaxie, il faudrait dĂ©jĂ  que l’ĂȘtre humain prouve qu’il est capable de retrouver un peu d’humilitĂ© (voire d’humanitĂ©) et de ne pas faire du profit son unique souverain ; qu’il est capable de respecter la nature et la vie ; et surtout, qu’il est capable de sauvegarder la planĂšte qui l’a vu naĂźtre. C’est ça, au fond, la seule vraie question : comment l’homme pourrait-il prendre soin d’autres astres alors qu’il n’est mĂȘme pas fichu de prĂ©server celui qui l’hĂ©berge ?

Et toi, es-tu pour ou contre la conquĂȘte de l’univers ?

Je t’embrasse.

 

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