
Dans Le Magicien dâOz, il y a cette phrase « Thereâs no place like home », qui sert de sĂ©same Ă Dorothy pour pouvoir rentrer chez elle. Ă lâĂ©poque oĂč jâai dĂ©couvert le film, ce nâest pas forcĂ©ment cette phrase qui mâa le plus marquĂ©e. Or, aujourdâhui, avec le recul, je mesure combien elle conditionne ma vie â que ce soit Ă cause du Magicien ou non.
Jâai, depuis longtemps, Ă©tabli que, pour moi, home, câest Cannes. Je ne suis pourtant pas cannoise dâorigine ; je suis nĂ©e et jâai grandi Ă Paris. Mais Cannes a reprĂ©sentĂ©, trĂšs tĂŽt, the best place to be. D’ailleurs, je t’ai parlĂ© dĂ©jĂ , dans une vidĂ©o, de cet attachement que j’ai pour cette ville, qui remonte Ă l’enfance.
Cannes a toujours Ă©tĂ© importante et prĂ©sente dans ma vie. IdĂ©ale destination de vacances de mes vingt premiĂšres annĂ©es, câest ensuite devenu un refuge oĂč me rĂ©gĂ©nĂ©rer et panser mes plaies lors de chagrins dâamour ou de coups durs qui mâarrivaient. Je descendais sur la CĂŽte, je mây requinquais, mây rĂ©inventais. Puis, je remontais sur Paris.
Cannes, c’Ă©tait mon Oz, mon Tara, mon Eden. Et pourtant, je connais plein de gens qui n’aiment pas cette ville, qui la trouvent bling-bling, artificielle, insupportable. Pourquoi lui portĂ©-je, moi, une telle affection ? Câest lĂ toute la magie de lâamour : il ne peut sâexpliquer rationnellement, il ne peut que se ressentir. Câest comme quand tu tombes amoureux(se). Il arrive que les autres te regardent avec des yeux ronds et te demandent : « Mais qu’est-ce que tu lui trouves ? », alors que toi tu es transportĂ©(e) par la fabulositĂ© de cet ĂȘtre que tu adores.
En 2009, jâai quittĂ© Paris, et Cannes est alors vraiment devenue ma maison. Maison que je pensais nâavoir plus jamais Ă quitter. Oui mais la vie est une grande farceuse qui nâaime pas forcĂ©ment quâon se fasse trop sĂ©dentaire et trop « cocoonifié ». Ă partir de 2014, pour des raisons professionnelles et sentimentales â qui Ă©taient dâailleurs de bien belles raisons â jâai dĂ» me rĂ©soudre Ă passer moins de temps Ă Cannes et plus de temps en rĂ©gion parisienne. Je lâai vĂ©cu, je tâavoue, comme une expatriation, voire un exil. Parce quâen fait, et sans mâen rendre compte, jâavais dĂ©veloppĂ© une croyance d’ordre quasiment superstitieux : je ne peux pas ĂȘtre bien ailleurs quâĂ Cannes (autrement dit, je serai mal partout ailleurs).
Tant que je pouvais passer tout mon temps Ă Cannes, en me dĂ©lectant dây vivre, cette croyance ne posait pas vraiment problĂšme. Jâavais juste Ă gĂ©rer, au niveau psychologique, les quelques jours par an qui me propulsaient hors de ma citĂ© â fĂȘtes familiales ou rendez-vous parisiens ponctuels â (jours oĂč, loin de ma hometown, je me sentais vulnĂ©rable, orpheline du lieu faisant ma force).
Sauf quâen 2014, avec tous les changements qui sont intervenus dans ma vie, cette croyance est devenue singuliĂšrement handicapante. Devant me trouver ailleurs quâĂ Cannes pour des pĂ©riodes assez longues, j’ai vĂ©cu des blues monstres, jâavais un mal du pays cannois qui me laminait de partout. JâĂ©tais comme le Marius de Pagnol : lui avait la maladie de la mer, moi jâavais la maladie de Cannes.
Jusquâau jour oĂč jâai fait la stupĂ©fiante dĂ©couverte que jâarrivais Ă vivre loin de ma ville ; vivre en Ă©tant bien, sâentend. Cela sâest fait lentement, non sans larmes, non sans moments de dĂ©tresse et de doutes, non sans longs sanglots sur des Ă©paules amies, mais cela sâest fait. Et cette dĂ©couverte mâa, Ă©videmment, rendue plus forte. Tant que je croyais ne pas pouvoir vivre ailleurs qu’Ă Cannes, tant que je souffrais dĂšs que jâĂ©tais hors de ses murs, je faisais sans le vouloir de ma ville une prison. Certes azurĂ©e, mais une prison quand mĂȘme. JâĂ©tais, vis-Ă -vis dâelle, dans une dĂ©pendance de petite fille ; et ce lieu, que je croyais ĂȘtre ma force, Ă©tait en fait ma fragilitĂ©. (Câest drĂŽle parce plus jeune, je dĂ©veloppais le mĂȘme genre de relation avec les hommes : je ne supportais pas la solitude, jâavais besoin de la prĂ©sente constante de mon amoureux. JusquâĂ lâĂ©touffement…)
Heureusement, j’ai grandi. Il a fallu du temps. Mais je crois ĂȘtre enfin parvenue Ă la maturitĂ© Ă©motionnelle. Ma ville ou mon amoureux, je peux en ĂȘtre Ă©loignĂ©e sans en ressentir de la souffrance. Câest comme si je les portais en moi, dans mes veines. Je nâai pas besoin de leur prĂ©sence physique perpĂ©tuelle puisquâils sont perpĂ©tuellement prĂ©sents en moi.
Bien sĂ»r, Cannes reste mon lieu de prĂ©dilection. Mais ce nâest plus la condition sine qua non Ă mon bien-ĂȘtre. Cette ville est ma maison, mais jâaccepte pleinement lâidĂ©e dâĂȘtre, moi, nomade, et de la quitter de temps Ă autre pour aller faire fructifier mes affaires.
Le « Home Is Cannes », que jâavais fait mien depuis des dĂ©cennies, je lâai transformĂ© en la cĂ©lĂšbre maxime amĂ©ricaine qui dit « Home is where the heart is ». Ma maison est celle oĂč je peux aimer lâhomme que jâaime, celle oĂč je peux Ă©crire et crĂ©er, celle oĂč je peux constater le bien-ĂȘtre de mes proches â Ă commencer par mon chat ! Si cette maison se trouve Ă Cannes, tant mieux. Si pas, je ferai avec. (Mais en gardant toujours cette ville comme objectif ultime !)
Le titre qui rĂ©sume aujourdâhui mon lien Ă Cannes, câest celui de cette chanson de Bardot : « Je reviendrai toujours vers toi ». Il y aura toujours un train pour me ramener chez moi. Ce sera, Ă chaque fois, comme un rendez-vous amoureux. Jâaurai tout le temps du trajet pour m’y prĂ©parer. Sous cette lumiĂšre qui met tout en couleurs, la roche rouge de lâEstĂ©rel mâĂ©claboussera la rĂ©tine. La mer semblera me dire : « Que ne tâes-tu faite navigatrice ?! » Et soudain, au dĂ©tour dâun virage du chemin de fer, la baie de Cannes se profilera. Ma respiration ne sera alors plus la mĂȘme. Dans une bourrasque dâĂ©motions, je verrai la ville sâoffrir Ă moi. Et moi, je reviendrai dans son giron tandis que Sardou bramera : « Câest un cri ! Câest un chant ! ». Car, comme toujours depuis que je suis gosse, c’est la chanson Musulmanes que j’aurai choisie pour ces Ă©ternelles retrouvailles avec ma ville-mĂšre. Ce cri et ce chant, dont parlera Michel, seront ceux de Carole-Anne qui retrouve sa terre promiseâŠ
Et toi, câest quoi ton lieu prĂ©fĂ©ré ?
Je tâembrasse.
P.S. : Ma review culturelle de janvier 2017 arrive la semaine prochaine. Elle a un peu de retard mais elle arrive ! đ

A reblogué ceci sur bertrandgaspel.
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