
Ce matin je te publiais une vidĂ©o quelque peu dĂ©jantĂ©e sur le film « Jean-Philippe » de Laurent Tuel. Il est 19h et je t’Ă©cris Ă nouveau en ce mardi 22 mars 2016. Cela n’Ă©tait pas prĂ©vu mais, actualitĂ© oblige, ma plume éprouve ce soir le besoin de s’exprimer.
Des attentats ont frappé aujourd’hui la ville de Bruxelles. Des dizaines de morts et de de blessĂ©s viennent s’ajouter Ă la triste et si longue liste des victimes du terrorisme. C’est un jour noir pour les Belges et pour le monde. Un jour noir de plus.
Et nous voilĂ toi et moi et des millions d’autres : nous sommes les survivants, les spectateurs effarĂ©s de la tragĂ©die qui se rĂ©pĂšte Ă l’infini. Et nous allons une fois encore emprunter ce chemin dont nous connaissons chaque Ă©tape jusqu’Ă la nausĂ©e.
Il y aura d’abord l’incrĂ©dulitĂ© devant l’horreur de la nouvelle. La tristesse et l’effroi serviront d’escorte Ă chaque information supplĂ©mentaire qu’apporteront tĂ©lĂ© ou journaux.
Puis viendront l’indignation, la colĂšre, la rĂ©volte. L’envie de s’Ă©lever contre la barbarie, de prendre les armes, d’hurler sa fureur pour que cessent ces massacres abjects et alĂ©atoires. Les drapeaux se brandiront. La frustration devant tant de cruautĂ© et d’injustice fera se dresser les poings, fouettera les consciences, Ă©peronnera les instincts rĂ©volutionnaires.
Puis apparaĂźtra le besoin de solidaritĂ©. La nĂ©cessitĂ© surgira de se regrouper, de se rassembler, de se trouver unis et forts face Ă l’agresseur, de rĂ©affirmer son appartenance au clan universel des humains intĂšgres et exemplaires. Chacun clamera sa clartĂ© de vision, sa haine de l’amalgame, sa tolĂ©rance de l’altĂ©ritĂ©. Fleuriront les discours vertueux, fĂ©dĂ©rateurs et dĂ©magogues de la part des gouvernements.
Puis naĂźtra le temps de la rĂ©silience. Ă ces monstres on criera « Fuck you all ! ». On leur criera « On est plus forts que vous ! ». On leur criera « Vous ne nous abattrez pas si facilement ! ». On leur criera « LibertĂ© vaincra ! ». On se sentira grands et Ă©mus devant nos rĂ©veils patriotes, devant ces alliances sacrĂ©es auxquelles nous assurerons vouloir croire plus que jamais, envers et contre tout.
Et puis, Ă la fin de la ronde, se profilera l’oubli. Tout doucement, discrĂštement, l’air de rien. La vie quotidienne reprendra ses rythmes. La digestion de la nouvelle deviendra une habitude parmi d’autres. Et, si on a la chance cette fois encore de ne compter aucun proche parmi les victimes et de n’ĂȘtre pas touchĂ© dans sa chair par le drame, la date du 22 mars 2016 s’accoudera simplement Ă d’autres dates – 11 septembre 2001, 11 mars 2004, 7 janvier 2015, 13 novembre 2015… – de la mĂȘme façon qu’un serveur empile les additions sur le pic mĂ©tallique de son comptoir. Les Ă©vĂ©nements les plus rĂ©cents Ă©clipseront les plus anciens.
Et ça continuera. Parce qu’au fond la situation est indĂ©merdable. Le monde n’est pas prĂȘt pour la paix. De trop gros enjeux Ă©conomiques, financiers et politiques enrayent le systĂšme. La vĂ©ritĂ©, c’est que ceux qui veulent tuer impunĂ©ment au nom d’idĂ©ologies puantes et meurtriĂšres pourront le faire encore longtemps. Car pour l’instant, les forces dirigeantes, malgrĂ© leurs belles paroles, ont plus Ă cĆur de dĂ©fendre leurs intĂ©rĂȘts gĂ©ostratĂ©giques que d’assurer la sĂ©curitĂ© des civiles, le marchĂ© des armes rapportant nettement plus que la sauvegarde du petit peuple.
Il aura eu beau rĂ©sister pendant des siĂšcles Ă l’oppresseur, AstĂ©rix aujourd’hui ne peut plus lutter contre la rage de ses ennemis. Quelques baffes bien distribuĂ©es et un festin de sangliers ne peuvent plus suffire Ă ramener espoir, bon ordre et bonne humeur au sein des villages.
Je suis Bruxelles. Je suis le World Trade Center. Je suis Charlie. Je suis Madrid. Je suis Londres. Je suis Istanbul. Je suis la CĂŽte d’Ivoire. Je suis le Bataclan. Je suis Bamako. Je suis Paris. Et toujours aussi, je suis la femme violĂ©e. Je suis l’homme torturĂ©. Je suis l’enfant maltraitĂ©. Je suis le catholique conspuĂ©. Je suis le juif persĂ©cutĂ©. Je suis le musulman honni. Je suis le Noir martyrisĂ©. Je suis celui qui est chassĂ©, traquĂ©, humiliĂ©, rabaissĂ©, exploitĂ©, spoliĂ©, exterminĂ©. Je suis les familles belges qui, depuis ce matin, sont dans l’affliction. Je suis la souffrance et le deuil et la plaie Ă vif devant la bĂȘte immonde. Oui, comme toi je suis tout cela.
Mais bon sang, qu’est-ce que je prĂ©fĂšrerais aujourd’hui n’ĂȘtre que Carole-Anne…

A rebloguĂ© ceci sur bertrandgaspelet a ajouté:
Ce magnifique pamphlet ne changera pas tout de suite la situation, mais il permet de mieux la supporter, tant il se fait fortement Ă©cho de tout ce qu’on ressent sans parvenir immĂ©diatemment Ă l’exprimer… Bravo et merci Carole-Anne !
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Moi aussi
Je suis Bruxelles. Je suis le World Trade Center. Je suis Charlie. Je suis Madrid. Je suis Londres. Je suis Istanbul. Je suis la CĂŽte dâIvoire. Je suis le Bataclan. Je suis Bamako. Je suis Paris. Et toujours aussi, je suis la femme violĂ©e. Je suis lâhomme torturĂ©. Je suis lâenfant maltraitĂ©. Je suis le catholique conspuĂ©. Je suis le juif persĂ©cutĂ©. Je suis le musulman honni. Je suis le Noir martyrisĂ©. Je suis celui qui est chassĂ©, traquĂ©, humiliĂ©, rabaissĂ©, exploitĂ©, spoliĂ©, exterminĂ©. Je suis les familles belges qui, depuis ce matin, sont dans lâaffliction. Je suis la souffrance et le deuil et la plaie Ă vif devant la bĂȘte immonde.
Oui, comme toi je suis tout cela.
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Malheureusement, l’histoire se rĂ©pĂšte sans cesse, au point de ne plus laisser le temps Ă l’oubli… On a l’impression de vivre des traits-d’union entre deux catastrophes dont on ne perçoit mĂȘme pas le sens.
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