SYNDROME VAN GOGH

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En ce moment, je suis en plein syndrome Van Gogh.

C’est quoi ça ? C’est cette désagréable émotion, trop fidèle à mon goût, qui me saisit à intervalles réguliers et me donne l’impression que ce que je fais n’intéresse personne, ne touche personne. Lorsque je songe, en frémissant, que Vincent VG, aujourd’hui l’un des peintres les plus vénérés au monde et dont la moindre de ses esquisses vaut des millions, n’a pratiquement rien vendu de son vivant. Qu’il est mort tout seul dans la misère avec son lobe en moins, noyé dans ses tourments psychologiques et persuadé de valoir moins que zéro. Et que, si une telle injustice a pu se produire pour un génie tel que lui, elle pourrait très bien m’arriver à moi aussi, qui n’ai pas le quart de la moitié du commencement de son talent et qui ne suis qu’un petit écrivain que pour l’instant personne ou presque ne connaît. Et si je rejoignais le rang des artistes maudits qui peuplent les annales de l’anonymat ? Et si je finissais comme Van Gogh ? Toute pleine de frustrations, ignorée de mes contemporains, errant sur les routes de l’Oise une oreille à la main ? Argh !!!

En tant qu’artiste, je ne peux qu’être interpellée par le destin tragique d’un peintre dont la création n’est pas reconnue, ne trouve pas son chemin vers un public aimant et fidèle. Un créateur qui n’a pas une audience pour apprécier et acclamer ce qui lui jaillit des tripes a-t-il encore un sens ? De la même façon, quelle est la raison d’être d’un auteur si personne n’est là pour le lire et prendre plaisir à cet exercice ? Sans un lecteur à l’autre bout de la plume, l’écriture n’est-elle pas qu’un acte masturbatoire dénué de panache ?

Voilà, c’est tout ça mon syndrome Van Gogh.

J’aurai bientôt 40 ans. Qu’ai-je fait de ma vie jusqu’ici ? Qu’ai-je su prouver au monde ? Qu’est-ce que je lui ai apporté ? J’ai noirci des pages et des pages. J’ai réussi à faire publier quatre de mes ouvrages par des éditeurs parisiens. J’ai travaillé sans relâche à devenir la meilleure version de moi possible (je continue de le faire d’ailleurs, c’est une tâche sans fin !). Mon dernier livre Extrasystoles, un recueil de nouvelles, récolte d’assez bonnes critiques sur le Net même si cela reste encore très confidentiel. J’ai mille projets en tête qui attendent de se concrétiser. Mais tout cela forme-t-il un accomplissement suffisant ? Non, pas encore. Ça ne suffit pas, ça ne me suffit pas. Mon ambition et mes rêves réclament bien davantage.  Moi, je suis impatiente ! Moi, j’ai faim ! Moi, j’ai de la folie des grandeurs que me hante l’espérance ! Je voudrais une page Facebook qui explose de likes ! Je voudrais des lecteurs par milliers ! Je voudrais mes livres en tête des ventes !

Mais tout cela, je ne le veux pas par vanité ou par goût de la gloire. Tout cela je le veux parce que c’est cette reconnaissance seule qui peut donner un sens véritable à mes productions, à mon parcours, à mon existence. C’est elle aussi qui peut faire qu’un jour, dans longtemps j’espère, je pourrai partir tranquille avec, au creux du ventre, la sensation d’avoir réussi ma vie.

D’ici là, le seul moyen d’y arriver est de continuer à envoyer toutes mes bouteilles optimistes à la mer. Continuer d’écrire, quelle que soit la forme sous laquelle ma plume aura la fantaisie de se déguiser. Écrire et être patiente. Écrire et se battre. Écrire et y croire. Écrire et ne pas trop penser à Van Gogh…

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