ATTENTATS À PARIS 3/4

On est lundi matin. Ça fait trois jours que, comme tout le monde, je digĂšre douloureusement les Ă©vĂ©nements de vendredi. En tant qu’individu, que citoyenne, j’hĂ©site entre me taire – ce qui permet au moins de ne pas dire de conneries – et au contraire m’exprimer sans relĂąche, avec du « Fluctuat nec mergitur » et du « Let’s get united people » Ă  tout bout de plume.

J’aimerais pouvoir passer Ă  autre chose, pouvoir faire l’autruche encore une fois, me foutre un cƓur sur le ventre façon Bisounours et me dire que ça va aller, que tout cela n’est qu’un mauvais rĂȘve qu’il suffit d’occulter pour qu’il n’existe plus. How childish of me ! Car je le sais, nous le savons tous, plus rien maintenant ne pourra ĂȘtre comme avant, l’ancien monde est mort. Avec lui les termes de paix, de respect, de sĂ©curitĂ© et d’insouciance.

Une question me taraude : si vendredi soir mon fils avait Ă©tĂ© au Bataclan voir ce groupe de mĂ©tal, ou si mon pĂšre avait dĂźnĂ© au Petit Cambodge, ou si mon frĂšre avait assistĂ© au match du Stade de France, ou si mon amoureux avait eu la mauvaise idĂ©e de se promener rue de Charonne ? Si un ĂȘtre que j’aime, quel qu’il soit, Ă©tait sorti vendredi soir pour ne plus jamais rentrer et qu’on soit ensuite venu m’expliquer que je pleure son absence Ă  cause de fanatiques enragĂ©s, aussi cĂ©rĂ©brĂ©s que des pierres ponce, conditionnĂ©s pour devenir des outils de massacre, quelle serait aujourd’hui ma rĂ©action ? À qui viendrais-je crier ma douleur, mon dĂ©sespoir, ma colĂšre ? À qui devrais-je en vouloir ? Aux criminels inconscients et Ă©garĂ©s que Daesh tĂ©lĂ©guide ? À Daesh mĂȘme, cette secte entĂ©nĂ©brĂ©e qui dĂ©tourne une religion de lumiĂšre pour justifier les atrocitĂ©s commises ? Au gouvernement, lĂąche et corrompu, qui combat hypocritement aujourd’hui le monstre qu’elle a nourri et laissĂ© croĂźtre ? À la folie des hommes qui les rend juste bons Ă  s’entretuer plutĂŽt que de faire de leur vie des cheminements de clartĂ© et d’intelligence ? À qui ? À QUI ?? Cette mort qui aurait endeuillĂ© mon existence Ă  jamais, ne serait pour le gouvernement, le pays, le monde, qu’un chiffre de plus Ă  intĂ©grer au bilan, elle ne serait, au fond, qu’un dĂ©tail.

Nous croyions avoir touchĂ© le fond avec Charlie. On Ă©tait loin du compte. Un pas irrĂ©versible vient d’ĂȘtre franchi. Nous avons basculĂ© dans une autre Ăšre. Et le pire est encore sans doute Ă  venir. Moi, je n’ai que ma plume, minuscule et dĂ©risoire. Que j’agite pour partager tout ce qui me secoue l’ĂȘtre. Chacun de nous doit prendre ses responsabilitĂ©s.

Le gouvernement doit arrĂȘter sa schizophrĂ©nie, cesser de vendre les armes qui tuent les innocents, cesser aussi d’entretenir le feu dont se nourrit Daesh.

Les Musulmans de France doivent monter au crĂ©neau. Non pas pour se dĂ©solidariser des dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s – je comprends que cette idĂ©e mĂȘme les choque – mais pour revendiquer leur vĂ©ritable Islam. Aujourd’hui plus que jamais, ils doivent se faire entendre, clamer leur vĂ©ritĂ©, dĂ©fendre leur religion, la vraie, la pure, celle qui les grandit. Ils doivent aider ceux qui ont peur Ă  y voir clair, Ă  comprendre que l’Islam ne fut, et ne sera jamais le problĂšme. Il est temps de redorer le blason de cette religion que les femmes en niqab et les hommes Ă  grenade dĂ©forment, dĂ©voient, maltraitent, mutilent. J’aime les initiatives « NotInMyName », je les trouve formidables, courageuses, nobles, elles font du bien.

Quant Ă  nous, les autres, chrĂ©tiens, juifs, protestants, bouddhistes, athĂ©es, c’est Ă  nous aussi d’ĂȘtre responsables : se garder des amalgames, s’Ă©lever contre la barbarie – mĂȘme si ce n’est pour l’instant qu’en postant un drapeau bleu blanc rouge sur Facebook -, cesser de s’illusionner sur l’intĂ©gritĂ© du systĂšme politique et cesser du mĂȘme coup les « moutonneries ».

Je ne veux heurter aucune sensibilitĂ©, aucune foi. Je l’ai dĂ©jĂ  Ă©crit, je crois Ă  l’enrichissement humain par la diversitĂ© et par l’apprivoisement de cultures diffĂ©rentes Ă  la sienne propre. Je pense que le silence, les non-dits, la mĂ©fiance et la mĂ©connaissance de l’autre sont Ă  la source de l’intolĂ©rance.

Il paraĂźt que nous sommes en guerre. Si c’est le cas, alors prenons les armes. Mais je ne parle pas ici d’instruments mĂ©talliques, aux bouches carnivores et aux balles assassines. Je parle d’autres armes, celles de l’esprit, celles du cƓur, celles de l’accomplissement, celles du partage. Il faut des voix dans le silence, des phares dans l’obscurantisme, des consciences incorruptibles dans toute cette perversion politique qui nous domine. Les hommes d’Ă©tat ne sont plus que des pantins, gangrĂ©nĂ©s par l’argent, le pouvoir, les malversations. Ils ne peuvent plus rien pour nous. La rĂ©ponse n’est plus entre les mains des dirigeants, elle est entre les mains du peuple, ou plus exactement, elle est entre les mains de chaque individu. Nous sommes seuls. Chacun face Ă  soi.

Écrivons, parlons, chantons, buvons, baisons, vivons, montrons-nous, faisons entendre, Ă  dĂ©faut de mitraillettes, nos cordes vocales, nos indignations, nos forces, nos audaces, nos opinions, nos solidaritĂ©s.

Il n’est plus rien d’autre Ă  faire…

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