MADONNA OU MA CRISE DE FOI

Madonna ou ma crise de foi - Les Mondes de Carole-Anne

La Mado, j’en suis fan depuis 1996. J’avais vu In Bed with Madonna, et bang ! tout d’un coup, cette star que je ne suivais que de loin, d’un Ɠil indiffĂ©rent, m’est apparue admirable et charismatique. Alors j’ai fait mon chemin avec elle, dĂ©veloppant sous son influence mon cĂŽtĂ© amazone ambitieuse. C’est elle aussi qui m’a insufflĂ© l’envie de me mettre Ă  la gym, de bouger mon corps. Ce dont je lui sais infiniment grĂ© aujourd’hui.

Madonna, héroïne importante de ma vie, donc.

J’ai toujours admirĂ© son avant-gardisme, sa capacitĂ© Ă  renifler les tendances, Ă  anticiper les modes,  et Ă  avoir en permanence un coup d’avance sur son temps. Elle a su se rĂ©inventer sans cesse, variant les genres, alternant les looks, puisant ses inspirations Ă  des sources diverses qu’elle retransformait instantanĂ©ment en must du moment.

Elle a Ă©galement beaucoup ƓuvrĂ© pour le girl power, ouvrant la voie aux Britney Spears, Christina Aguilera, Pink, BeyoncĂ©, Lady Gaga, Katy Perry et autres Miley Cirus, incitant la femme lambda Ă  muscler son indĂ©pendance, sa force guerriĂšre, son expression personnelle et son pouvoir fĂ©minin. IcĂŽne gay, elle a promu la libertĂ© sexuelle et le droit pour chacun d’aimer qui et comme bon lui semble.

Or, depuis quelque temps, Madonna me déçoit. Oui, je sais, c’est assez outrecuidant de le dire comme ça. Mais que veux-tu, c’est un fait, elle me déçoit beaucoup.

J’avais eu dans l’idĂ©e qu’en prenant de l’Ăąge, la planĂ©taire star blonde s’Ă©loignerait de l’aspect hyper-sexualisĂ© et hyper fashionista de son personnage pour aller explorer des contrĂ©es plus profondes, Ă  la fois plus intĂ©rieures et plus axĂ©es sur les problĂ©matiques collectives. Non pas que j’estime qu’une artiste doive forcĂ©ment se mĂȘler de politique ou s’engager socialement. Mais il me semble que les thĂ©matiques qu’elle peut avoir envie d’aborder Ă©voluent en fonction du nombre de ses printemps. Il me paraĂźt logique qu’Ă  20 ans, on veuille parler, par exemple, de beautĂ©, de sexualitĂ©, d’amour, d’accomplissement, de quĂȘte de soi, etc. Mais il me paraĂźt logique aussi qu’Ă  40, 50 ou 60 ans, les prioritĂ©s changent et qu’on souhaite plutĂŽt se pencher sur la crĂ©ativitĂ©, la maternitĂ©/paternitĂ©, la spiritualitĂ©, la transmission, l’implication citoyenne, la place qu’on occupe en ce bas monde…

Et la Madone – surtout elle ! – je la voyais bien nous proposer un modĂšle de femme mĂ»re, sĂ»re de son pouvoir et de sa puissance, capable de se libĂ©rer de tout carcan sociĂ©tal et de se positionner toujours plus libre, toujours plus actrice de son destin. Montrer aux femmes qu’elles sont fortes et belles, quel que soit leur Ăąge, que leur voix compte, leur esprit aussi, qu’elles sont libres d’ĂȘtre qui elles sont, totalement, dans la plus pleine et la plus affranchie expression de leur identitĂ©, sans jamais se soucier des codes qu’on veut leur imposer. J’ai vraiment cru que c’Ă©tait cela que Louise Ciccone, passant le cap de la quarantaine, voudrait incarner. D’autant plus qu’Ă  partir de l’album Ray of light et jusqu’Ă  Confessions on a dance floor, sa musique elle-mĂȘme avait pris une tournure plus spirituelle qui me plaisait beaucoup.

Alas, alas !!! Plus les annĂ©es passent et plus Madonna, pourtant championne acrobatique dans le renouvellement de soi, semble prisonniĂšre de sa volontĂ© de ne se prĂ©senter qu’en bombe sexuelle, inoxydablement jeune. Ses derniers albums (Hard Candy, MDNA, Rebel heart) sont Ă  nouveau injectĂ©s des obsessions initiales de Madonna : scander que c’est elle la chef indĂ©trĂŽnable, mĂȘler sexe et religion pour gĂ©nĂ©rer une pseudo-transe mystico-orgasmique dont elle se veut la grande prĂȘtresse, tout en rĂ©pĂ©tant Ă  l’envi que, dans le fond, elle est une femme fragile qui a juste besoin d’amour.

Ses derniĂšres trouvailles ? Afficher d’ostensibles racines noires Ă  la base de ses cheveux blonds (histoire de contredire toute supposition de poils blancs sur sa tĂȘte) ; et se lancer dans la crĂ©ation d’une gamme de produits de beautĂ© (MDNA SKIN que ça s’appelle, son bazar !).

Nan mais t’es sĂ©rieuse Mado ?! C’est vraiment tout ce que tu as en stock pour nous ? Une ligne cosmĂ©tique ? C’est ça que tu veux transmettre comme message suprĂȘme aux femmes ? Qu’Ă  bientĂŽt 60 ans, il convient d’ĂȘtre encore et toujours obsĂ©dĂ©e d’apparence, de lifting, de soins onĂ©reux, de crĂšmes lissantes, de masques anti-Ăąge, de sĂ©rums de jouvence ? SÉRIEUSEMENT ?

La vie t’a appris tellement de choses. Tu as tant voyagĂ©, tant rencontrĂ© de gens intĂ©ressants. Tu as eu une position si privilĂ©giĂ©e pour observer l’Ă©volution du monde autour du toi. Pourquoi t’enfermes-tu dans un tel corset d’artificialitĂ© ? Tu veux rester la Queen of pop, la Queen of sex, la Queen of fashion and beauty, la star above them all ; soit. Mais jusqu’Ă  quand ? Comptes-tu jouer les papesses septuagĂ©naires du cul ? Danser en shorty, toutes jambes ouvertes, jusqu’Ă  80 piges ? C’est quoi le projet ?

Alors oui, je l’avoue, je suis vraiment déçue. J’attendais mieux de la part d’une femme aussi visionnaire que Madonna. Je l’aurais prĂ©fĂ©rĂ©e passionaria d’une cause quelconque, façon Brigitte Bardot ou Pamela Anderson. Qu’elle continue ce qu’elle avait commencĂ© avec la crĂ©ation de sa fondation Raising Malawi, en 2006, pour les orphelins du Malawi. Qu’Ă  toutes les femmes pour qui elle a Ă©tĂ© une inspiration durant trois dĂ©cennies – dont je fais partie – elle prĂ©sente une nouvelle voie d’Ă©volution, qui tienne compte de son parcours hors-pair, de ses rides, de ses cheveux blancs, de ses apprentissages. Que le modĂšle initiatique qu’elle offre amĂšne Ă  s’assumer toujours plus, avec fiertĂ© et assurance, et non pas Ă  consommer du cosmĂ©tique sur la base d’une hantise de paraĂźtre son Ăąge.

VoilĂ  ce que j’aurais prĂ©fĂ©rĂ©.

Et toi, qu’en penses-tu ?

Je t’embrasse.

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