A DONALD FOR PRESIDENT…

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Aujourd’hui, j’avais prĂ©vu de te prĂ©senter une petite vidĂ©o loufoque dans laquelle je te parlais d’Yves Montand. Mais cette vidĂ©o et Yves Montand devront attendre.

AtterrĂ©e je suis. Et inquiĂšte aussi. Et nostalgique. La gorge emplie d’un triste arriĂšre-goĂ»t de paradis perdu. Ce matin en me rĂ©veillant, j’ai appris qui Ă©tait le nouveau prĂ©sident des États-Unis. J’ai eu l’impression qu’un gros parpaing de ciment me tombait sur la tronche. Oh j’avais bien compris que les Ă©lections amĂ©ricaines n’offraient aux votants que de choisir entre la peste et le cholĂ©ra. Mais je crois quand mĂȘme que j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© une peste blonde en tailleur chic, soutenue par Madonna et Streisand et mariĂ©e Ă  un chaud lapin, plutĂŽt que ce cholĂ©ra orangĂ©, misogyne, xĂ©nophobe, dont l’ultra-capitalisme fait passer celui de l’oncle Picsou pour du communisme extrĂȘme. La vision apocalyptique de Retour Vers Le Futur 2 n’est plus une fiction, c’est devenu la rĂ©alitĂ©.

Je ne suis pas sĂ»re d’avoir les connaissances gĂ©opolitiques qu’il faut pour proposer une analyse pertinente de la situation. Ce que je sais, c’est ce que je sens. Je sens que la terre a accĂ©lĂ©rĂ© sa course, qu’elle tourne Ă  vitesse folle et que la race humaine est en train de s’envoyer dans le mur.

Nous, l’Homme, nous sommes lĂ  depuis des millĂ©naires. Cela ne nous a toujours pas appris le bien-vivre ensemble, l’osmose avec la nature, le respect de l’autre, le respect de la Vie, la possibilitĂ© de crĂ©er des sociĂ©tĂ©s humanistes, altruistes, pĂ©rennes. Aujourd’hui, ces valeurs-lĂ  ressemblent Ă  des dĂ©lires de Bisounours. De ce que j’en crois, ce sont pourtant les conditions sine qua non de notre survie. Or, du haut de notre civilisation, soi-disant moderne, Ă©voluĂ©e et progressiste, nous avons mis en place exactement l’inverse de ces valeurs. Nous avons instaurĂ© deux maĂźtres de l’Olympe : l’un dogmatique qui s’appelle Dieu, au nom duquel s’entretuer ; l’autre matĂ©rialiste qui s’appelle Argent, au nom duquel s’exploiter, s’entre-piller, s’anĂ©antir.

« L’ultra-profit tue la moitiĂ© de la faune existant sur cette planĂšte ? Il affame des populations ? Il pousse les ĂȘtres Ă  se haĂŻr et Ă  se trucider ? Il entraĂźne la destruction de la planĂšte ? Pfeuh, mais on s’en branle ! Y’a du pognon Ă  se faire, c’est la seule chose qui compte ! » C’est ça qu’ils pensent, lĂ -haut, les rĂ©gnants, les nantis, ceux qui proclament les lois dĂ©magos, les lois infectes, ceux qui vident le Vivant de son sang en se croyant impunĂ©ment les plus forts. Mais aprĂšs, bande de cons, vous ferez quoi ? Quand la planĂšte sera crevĂ©e ? Que les ressources auront cessĂ© d’exister ? Quand la terre ne sera qu’un dernier morceau de bitume nausĂ©abond ? Vous ferez quoi ? Vous boufferez l’argent en papillote ? Vous ferez un grand barbecue avec les cadavres de toutes les races exterminĂ©es ? C’est vraiment ce monde-lĂ  que vous voulez refiler Ă  votre descendance ? C’est quoi le projet, putain ?

À force de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, bonne nouvelle, nous en venons Ă  bout ! Elle ne tient plus qu’à un fil et nombre de culs ont dĂ©jĂ  lourdement dĂ©gringolĂ©. Va-t-on s’arrĂȘter pour autant ? Penses-tu ! Scier est ce qu’il faut, scier est ce qui est prescrit. Scier jusqu’à la fin, jusqu’à la mort, jusqu’à l’extinction.

Pourquoi devrait-on s’en sortir mieux que les dinosaures aprĂšs tout ? De plus qu’eux, on avait seulement l’intelligence, la conscience et la parole. Autant dire des broutilles. Dont nous avons bien prouvĂ© qu’elles Ă©taient incapables de nous sauver.

Et si les États-Unis sont capables d’élire Trump, qui serons-nous capables, nous en France, d’élire en mai prochain ? J’en tremble d’avance.

Et je comprends soudain que le monde dans lequel j’ai grandi, le monde tout juste post-30 glorieuses, ce monde-lĂ  est mort. Ma grand-mĂšre me rĂ©pĂ©tait : « Ta gĂ©nĂ©ration a de la chance. Vous ne connaĂźtrez jamais la guerre. Et le progrĂšs fait que tout le monde a aujourd’hui le droit au confort ». Si tu savais Granny, si tu savais
 Je suis nĂ©e dans un monde protĂ©gĂ©, gai, qui me faisait croire que mon avenir serait souriant, douillet. Certes, souriant et douillet, il l’est d’une certaine maniĂšre. J’ai la chance d’avoir de quoi manger, de quoi vivre, de suivre une voie professionnelle qui me correspond et que j’ai choisie, et d’ĂȘtre entourĂ©e de gens formidables. Mais quand je regarde plus loin que mon seul nombril, le constat est nettement moins rĂ©jouissant.

Reviennent ces deux mots lancinants : QUE FAIRE ? Comment lutter ? Pour ma petite gueule, je sais m’en sortir : un peu d’imaginaire, quelques hĂ©ros, un « Il Ă©tait une fois », une fĂ©e Clochette, et je peux repartir Ă  fond les ballons. Mais c’est peut-ĂȘtre un bien maigre programme Ă  l’échelle du monde.

Ou peut-ĂȘtre pas. Il faudrait peut-ĂȘtre des hĂ©ros justement. Des hĂ©ros enfin. Des AstĂ©rix, des Eliott Ness, des Massoud, Des Simon Bolivar, des Jeanne d’Arc, des Jean Moulin, des William Wallace. Ou mĂȘme des Danton, si possible capables de garder leur tĂȘte sur les Ă©paules


Un autre monde serait tellement possible. DĂ©trĂŽner Dieu et le remplacer par le culte de la Terre-MĂšre. DĂ©boulonner l’argent, lui foutre la rouste qu’il mĂ©rite, et le remplacer par la religion du Vivant. Une religion libre, qui Ă©dicterait que tout ce qui vit est sacrĂ©, et que l’on ne tuera point, que l’on ne tuera plus.

Je suis prise parfois d’une telle misanthropie qu’il me vient des envies de caverne, d’arche de NoĂ©, d’üle au bout du monde oĂč ne vivre entourĂ©e que d’animaux et de quelques humains choisis. Mais ce serait une fuite. Or je fuis rarement. J’opte donc pour l’autre alternative et je me bats Ă  ma façon, avec ma plume, via la tribune minuscule que reprĂ©sente ce blog.

Je crois qu’au fond, il n’y a rien d’autre Ă  faire. Se battre, faire entendre sa voix, tenter d’adopter un comportement en accord avec ses valeurs profondes, essayer de crĂ©er pour demain un monde meilleur. « Heal the world, make it a better place, for you and for me and the entire human race
 », chantait Michael Jackson. Ce seront mes mots de la fin pour aujourd’hui.

Je t’embrasse. Non sans un voile de profonde tristesse.

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