ÊTRE AUTEUR

vintage_old_paper_pen_watch_writing_stamp_postcard_74947_2048x1152

Aujourd’hui, je reçois un mail de mon Ă©diteur qui me demande, tout Ă  trac, d’Ă©crire quelques lignes sur le mĂ©tier d’auteur. Mission d’envergure autant qu’ardue. Qu’est-ce que c’est que ce mĂ©tier-lĂ  ? OĂč est sa richesse, son intĂ©rĂȘt, voire son utilitĂ© ? Mon crĂąne s’Ă©broue, se penche sur la (les) question(s). Et bien vite ma plume, soudain Ă©veillĂ©e, esquisse les premiĂšres rĂ©ponses qui me viennent.

Etre auteur, c’est d’abord vivre avec, au fond de soi, un amour sans fin. L’amour du mot, du verbe, de la langue et de ses chorĂ©graphies. La fonction d’auteur prend sa source dans cet amour, elle naĂźt de lui. Et cet amour se dĂ©veloppe, selon moi, au travers de la lecture, au travers des livres. Peut-ĂȘtre peut-on Ă©crire sans avoir jamais lu. Et peut-ĂȘtre peut-on lire beaucoup sans jamais Ă©crire ensuite une seule ligne. Pourtant, il me semble que les deux activitĂ©s sont liĂ©es, indissociables, s’enrichissant l’une l’autre.

Etre auteur, c’est ensuite accepter de se rendre esclave Ă  la fois de son besoin viscĂ©ral d’écrire et aussi de son inspiration. Une idĂ©e peut surgir n’importe oĂč, n’importe quand, en pleine nuit, dans le mĂ©tro, au milieu d’une conversation, et il faut la saisir au vol sous peine de perdre le prĂ©cieux Ă©lan. Il faut savoir regarder autour de soi, prendre note de toute tranche de vie aperçue, de toute Ă©motion ressentie, de toute anecdote recueillie. En tant qu’ĂȘtre humain, on est Ă©videmment sa propre matiĂšre premiĂšre lorsque l’on Ă©crit. L’acte d’écriture est une valse Ă  trois temps : observer, ressentir, retranscrire – acte qui peut ĂȘtre envisagĂ©, Ă  raison, comme une forme de thĂ©rapie pour celui qui Ă©crit.

Mais ĂȘtre auteur, c’est Ă©galement prendre le risque de se confronter au silence ou Ă  l’indiffĂ©rence. MĂȘme si ce qu’on Ă©crit provient des tripes, cela n’a aucune valeur si un lecteur n’est pas Ă  l’autre bout de la plume pour entrer en rĂ©sonance avec l’Ɠuvre produite. C’est lui, le lecteur, ce terrifiant inconnu, qui importe vraiment. Seule compte son Ă©motion, la façon dont il s’approprie les lignes qu’il lit, la façon dont elles le touchent, l’émeuvent, le distraient, le font rire ou pleurer, le soulagent ou l’indignent, le rĂ©confortent ou le transforment. Est-il destin moins enviable que celui de l’écrivain maudit dont personne ne connaĂźt ou ne reconnaĂźt le talent, dont les manuscrits ne servent Ă  rien ni Ă  personne ? N’écrire que pour soi ou pour le tiroir oĂč s’entassent les feuilles noircies ne peut qu’engendrer frustration et dĂ©sespoir.

Etre auteur, c’est aussi connaĂźtre, pourvu que les muses soient conciliantes, un plaisir intense, cĂ©rĂ©bral aussi bien que sensuel, qui rend autarcique, qui fait que le corps entier et ses besoins se mettent entre parenthĂšses, se dĂ©dient Ă  l’écriture pure. Temps, faim, sommeil, existence d’un monde alentour, tout est sacrifiĂ© au nom du jaillissement de ce que la main met en forme. La quĂȘte du mot toujours plus juste, de la phrase faisant mouche, de l’image pertinente, est une quĂȘte Ă©puisante et parfois ingrate, mais c’est aussi une quĂȘte passionnante, instructive, transcendante. La page qui cesse d’ĂȘtre blanche et que l’on voit se remplir, devenir rĂ©cit, devenir mĂšre de vies crĂ©es : quelle ivresse !

Et puis, ĂȘtre auteur, c’est pouvoir, selon les projets, devenir protĂ©iforme. PoĂšte, dramaturge, scĂ©nariste, romancier, essayiste, philosophe, conteur, pamphlĂ©taire, autant de masques Ă  revĂȘtir pourvu que l’esprit crĂ©atif soit camĂ©lĂ©on et sache s’adapter Ă  un nouveau dĂ©fi littĂ©raire. Par le pouvoir des mots amener l’émotion, l’évasion, mais aussi la rĂ©flexion, la fĂ©dĂ©ration, l’élĂ©vation.

Etre auteur, enfin, c’est comprendre qu’en vĂ©ritĂ©, auteur n’est pas un mĂ©tier, c’est un Ă©tat, et c’est mĂȘme un mode de vie, oĂč la plume servira de moyen d’expression, en tout, pour tout, toujours. Elle sera l’arme autant que le bouclier, elle sera le refuge, elle sera la rĂ©ponse, elle sera la guĂ©rison, elle sera la trace laissĂ©e.

Je suis auteur. A part peut-ĂȘtre faire l’amour, je ne connais pas de plus belle occupation que celle d’écrire. C’est ma raison de vivre, le sens que j’ai donnĂ© Ă  mon passage sur terre. Je ne sais rien de ce que l’avenir me rĂ©serve, mais ce que je sais c’est que, quoi qu’il arrive, reconnue ou non, heureuse ou non, j’écrirai. La plume en main toujours Ă©tait, est, et sera mon seul hymne.

Laisser un commentaire